* Factures d’une vie – Charlie Bauer

* Factures d’une vie – Charlie Bauer

Éditions : Agone | Parution : 12/04/2004 | 454 pages | Acheter : ici

∴ Résumé ∴

Ne racontant pourtant que sa vie, Charlie Bauer revient sur presque un demi-siècle d’histoire de France, qui commence dans un quartier ouvrier à la périphérie de Marseille, dans les années 1950, quand il se forge à la religion populaire d’alors, le communisme ; une formation complétée par le pillage, en bande organisée, des magasins et des trains. L’engagement du PC dans la guerre d’Algérie provoque la première rupture : l’auteur et ses amis soutiennent le FLN algérien.
Arrêté, il est condamné à vingt ans de réclusion criminelle. Son quotidien est désormais rythmé par ses transferts d’une maison centrale à une autre, souvent consécutifs à d’audacieuses tentatives d’évasion ; il passera neuf années en cachot ou dans des quartiers de haute sécurité (QHS).
Libéré après quatorze ans de détention, il retrouve bientôt ses activités clandestines et croise Jacques Mesrine, notamment dans la lutte contre les QHS. L’exécution de Mesrine accompagnera l’arrestation de Charlie Bauer, qui replonge pour dix ans, jusqu’en 1988. Ce livre paraît deux ans plus tard. Quinze ans après, cette réédition poursuit le témoignage d’une vie de résistance à l’ordre social dominant.

∴ Mon avis ∴

Charlie Bauer n’est probablement pas un modèle à suivre au vu de son passé, mais ce que je retiens – et ce que « Factures d’une vie » présente – c’est le cheminement d’un homme qui n’a jamais abandonné ses convictions quoiqu’il puisse lui en coûter.

Il est souvent, pour ne pas dire systématiquement, présenté comme l’un des « lieutenant » de Jacques Mesrine. A tord ! C’est une réalité, ils ont partagé quelques « actions », mais c’est une vision bien simpliste que de limiter Charlie Bauer a cet unique fait.

Ce livre retrace près de 50 années de la vie d’un homme qui se refuse au système et à ces codes. Cet homme est un révolutionnaire, qui durant une époque a choisi de mener son combat avec des armes, qui agit en réaction à la société dans (ou contre, c’est selon) laquelle il vit.

Il parle crument de la vie en détention, que dis-je en privation, de la déshumanisation de l’individu au nom d’une justice trop souvent aveugle aux maux de la société qu’elle « défend ». Lors d’une interview, il dira « La société a les mots qu’elle mérite ! ».

Je n’ai aucune objectivité en ce qui concerne ce livre, pour la simple raison que je suis fascinée par Charlie Bauer depuis quelques années. Que l’on soit ou non en adéquation avec les opinions politiques ou sociales de cet homme, lorsqu’il se met à parler, on ne peut que l’écouter, il y a une vraie force, une passion, une révolte qui s’exalte de lui. Il se définit lui-même comme un « marathonien de l’espoir » qui mourra s’il arrête sa course.

Il fait très certainement parti de ces rares personnes avec qui une simple conversation éveille des réactions (et pourquoi pas des actions) en vous.

∴ Morceaux choisis ∴

« Le cynisme et la bêtise sont souvent étroitement liés. Ne dit-on pas du cynisme qu’il n’est que de l’humour à bon marché ? »

« Deux hommes mis en situation de souffrance, de misère, ne sont pas nécessairement « frères de misères ». Si cette fraternité-là existait, il n’y aurait plus guère de misère, c’est évident. »

« Les droits de l’homme ? Quels droits ? Quels hommes ? »

« Le fascisme est une gangrène érigée en système. »

« Gâcher sa vie à vouloir la gagner pour un salaire souvent de misère ! Je veux bien courir le risque de la perdre pour la gagner sans salaire, pas même celui de la peur… »

« La précipitation produit souvent tant d’erreurs et de fautes qu’on perd finalement plus de temps qu’on n’en gagne. »

« Vivre à en mourir, mais vivre ! »

« Le béton armé tient en joue ces haines que les grilles et ciments enchaînent. Dire ton nom et le vomir par là même : je te dégueule, QHS ! »

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